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Passeport prévention SST : ce que le CSE doit savoir

Rédigé par Gaelle LLORCA | 27 août 2026

Depuis le 16 mars 2026, les employeurs peuvent accéder à leur espace sur le passeport de prévention pour déclarer les formations en santé et sécurité au travail dispensées en interne. Ce dispositif, créé par la loi du 2 août 2021, est longtemps resté une promesse sur le papier. Il devient opérationnel en 2026, et le CSE a un rôle à jouer pour que les salariés en tirent réellement bénéfice.

Points clés

  • Le passeport de prévention est un outil numérique qui centralise les attestations, certificats et diplômes obtenus par chaque salarié en matière de santé et sécurité au travail (art. L. 4141-5).
  • Depuis le 16 mars 2026, les employeurs sont appelés à déclarer progressivement sur le passeport les formations SST dispensées en interne, dans le cadre d'un déploiement progressif du dispositif.
  • À partir du T4 2026, les salariés pourront eux-mêmes consulter et compléter leurs données.
  • Le passeport est personnel et portable : il suit le salarié en cas de changement d'employeur, de secteur ou de reconversion.
  • Le CSE peut s'appuyer sur ce dispositif pour vérifier et questionner la mise en œuvre du plan de formation SST, s'assurer que les formations identifiées dans le DUERP sont bien réalisées, et renforcer la traçabilité de la prévention dans l'entreprise.

 

Qu'est-ce que le passeport de prévention ? Origine et fonctionnement

Un outil né de la loi santé au travail de 2021

Le passeport de prévention a été créé par la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, à la suite de l'accord national interprofessionnel du 9 décembre 2020. Son déploiement s'est opéré progressivement, avec plusieurs étapes clés :

  • 29 décembre 2022 : décret n° 2022-1712 précisant les modalités de mise en œuvre
  • 28 avril 2025 : ouverture aux organismes de formation (déclaration des formations)
  • 1er août 2025 : décret n° 2025-748 précisant les formations éligibles et les délais de déclaration
  • 16 mars 2026 : ouverture aux employeurs (déclaration et vérification)
  • Courant 2026 : déploiement de l'import en masse des données par fichier
  • T4 2026 : ouverture aux salariés (consultation et complétion de leurs propres données)

 

Comment ça fonctionne concrètement

Le passeport de prévention est accessible via le portail prevention.moncompteformation.gouv.fr, rattaché au compte CPF de chaque salarié. Il repose sur un système de déclaration à trois niveaux :

👉 Les organismes de formation déclarent les formations SST qu'ils ont dispensées (obligation en vigueur depuis le 1er septembre 2025, selon un calendrier progressif de mise en œuvre).

👉 Les employeurs déclarent, depuis le 16 mars 2026, les formations SST internes qu'ils ont organisées — c'est-à-dire les formations conduites par leurs propres formateurs internes, sans recours à un organisme externe.

👉 Les salariés pourront, à compter du T4 2026, accéder à leur passeport pour consulter l'ensemble des formations déclarées les concernant, et compléter leur passeport avec d'autres formations non encore enregistrées, dans les conditions prévues par le dispositif.

 

📌 Consentement du salarié — L'employeur n'accède qu'aux données qu'il a lui-même déclarées, sauf si le salarié l'autorise expressément à consulter l'ensemble de son passeport (y compris les formations déclarées par d'autres employeurs ou organismes). Cette autorisation est révocable à tout moment.

 

Quelles formations sont concernées ?

Dans un premier temps, le décret du 1er août 2025 limite l'obligation de déclaration à deux catégories :

  • Les formations obligatoires réglementaires : formations imposées par un texte réglementaire (habilitation électrique, CACES, formation SST-sauveteur secouriste du travail, formations travaux en hauteur, etc.)
  • Les formations obligatoires requises pour des postes nécessitant une habilitation ou certification spécifique de l'employeur

👉 Le périmètre sera progressivement étendu. L'obligation démarre de manière volontairement restreinte pour permettre une prise en main facilitée du dispositif.

 

 

Ce que le passeport change pour les salariés et l'entreprise

La portabilité : un droit nouveau concret

Avant le passeport de prévention, les formations SST suivies chez un employeur restaient dans les dossiers de cet employeur. En cas de départ — mutation, licenciement, reconversion — le salarié devait souvent repasser des formations déjà obtenues, faute de traçabilité.

Le passeport de prévention résout ce problème en rendant les formations portables : elles restent attachées à la personne, et non à l'entreprise. Un salarié qui change d'employeur dans le BTP peut prouver à son nouveau recruteur qu'il est titulaire du CACES R482 et de la formation travaux en hauteur sans devoir retrouver et numériser des attestations papier.

👉 Ce que cela change en pratique pour le CSE : les élus peuvent désormais encourager les salariés à vérifier que leurs formations SST sont bien enregistrées avant une rupture de contrat ou une mobilité. C'est un levier de protection concret que peu de salariés connaissent encore.

 

Une meilleure traçabilité de la prévention dans l'entreprise

Pour l'entreprise, le passeport peut permettre, sous réserve de complétude des données et du consentement du salarié, de disposer d'une vue consolidée des habilitations et formations SST — utile pour planifier les renouvellements, vérifier la conformité réglementaire par poste, et préparer les audits internes ou externes.

 

📌 Attention — Le passeport de prévention ne remplace pas les registres et documents réglementaires existants (registre des habilitations, fiches d'aptitude du médecin du travail, registre de sécurité). C'est un outil complémentaire de traçabilité numérique, pas un substitut aux obligations documentaires déjà en vigueur.

 

Le rôle du CSE : comment s'en saisir concrètement

Contrôler la mise en œuvre du plan de formation SST

Le CSE est consulté chaque année sur le plan de développement des compétences (art. L. 2312-26), qui comprend notamment les formations SST. Le passeport de prévention devient un outil de vérification supplémentaire : les formations inscrites dans le plan ont-elles été effectivement dispensées ? Sont-elles déclarées dans le passeport ?

👉 Le CSE peut demander à l'employeur lors de cette consultation :

  • Quelles formations SST ont été déclarées dans le passeport au cours de l'année écoulée ?
  • Des formations prévues au DUERP ont-elles été omises de déclaration ?
  • Tous les postes nécessitant une habilitation réglementaire sont-ils couverts ?

 

Vérifier le lien entre DUERP et passeport

Le DUERP identifie les risques et les actions de prévention — dont les formations. Le passeport de prévention devrait, en cohérence avec les actions de formation identifiées dans le DUERP, refléter leur mise en œuvre effective — sans que cela constitue pour autant une obligation légale directe entre les deux outils. Si le DUERP liste une formation "travail en espaces confinés" pour les équipes maintenance, cette formation devrait apparaître dans les passeports des salariés concernés.

 

📌 Ce que le CSE peut demander : un état des lieux de la correspondance entre les formations préconisées par le DUERP et les formations effectivement déclarées dans le passeport. Cet exercice peut révéler des lacunes de formation que l'employeur ne peut pas nier : les données sont officiellement déclarées (ou non).

 

Sensibiliser les salariés à la portabilité de leurs formations

À compter du T4 2026, les salariés pourront accéder à leur propre passeport. Beaucoup l'ignorent. Le CSE peut jouer un rôle d'information en :

👉 Communiquant sur le dispositif auprès des salariés, notamment via l'affichage obligatoire ou les supports de communication du CSE.

👉 Encourageant les salariés à vérifier que leurs habilitations et formations SST sont bien enregistrées, et à signaler à l'employeur toute formation manquante.

👉 Intégrant la question du passeport dans les réunions CSSCT, notamment lors de l'examen du plan de formation SST et de la révision du DUERP.

 

Un levier en cas de contentieux sur les obligations de formation

Si un accident du travail ou une maladie professionnelle survient dans un contexte où l'employeur aurait dû dispenser une formation SST réglementaire — et ne l'a pas fait —, le passeport de prévention (ou son absence de contenu) peut contribuer à caractériser un manquement à l'obligation de sécurité de l'employeur — et constituer un élément parmi d'autres dans le dossier.

Un passeport vide pour un poste exposé, alors que la formation était réglementairement obligatoire, peut contribuer à établir que l'employeur n'a pas pris les mesures nécessaires à la protection de la santé des salariés. Le CSE qui a alerté par écrit sur ce manquement renforce encore davantage le dossier.

 

 

FAQ — Passeport prévention et rôle du CSE en 2026

Le passeport de prévention est-il obligatoire pour tous les salariés ?

Il n'existe pas d'obligation pour le salarié de créer ou d'utiliser son passeport : le dispositif est accessible mais son usage reste facultatif pour le salarié. En revanche, les employeurs et organismes de formation sont tenus de déclarer progressivement, selon le calendrier de déploiement du dispositif, les formations SST relevant des catégories réglementées. Le passeport se constitue donc progressivement, indépendamment de la démarche active du salarié.

L'employeur peut-il consulter toutes les formations d'un salarié dans le passeport ?

Non, sans l'accord du salarié. L'employeur n'accède directement qu'aux formations qu'il a lui-même déclarées. Pour accéder à l'intégralité du passeport — y compris les formations déclarées par d'autres employeurs ou organismes —, l'accord exprès du salarié est nécessaire. Cet accord peut être retiré à tout moment. Le CSE doit veiller à ce que cette règle soit respectée et qu'aucune pression ne soit exercée sur les salariés pour obtenir cet accès.

Comment le CSE peut-il utiliser le passeport lors de la consultation sur le plan de formation ?

En demandant à l'employeur un bilan des déclarations effectuées dans le passeport au cours de l'exercice écoulé, le CSE dispose d'une base factuelle pour vérifier si les formations SST prévues ont bien eu lieu. Si des formations réglementaires n'ont pas été déclarées, le CSE peut demander les motifs de ce manquement et exiger un calendrier de rattrapage.

Le passeport de prévention remplace-t-il les habilitations papier existantes ?

Non. Les habilitations réglementaires (habilitation électrique, CACES, etc.) conservent leur format et leur processus de délivrance actuels. Le passeport est un outil de recensement numérique — il enregistre et centralise l'information sur les formations et habilitations obtenues, mais ne remplace pas les certificats, diplômes ou habilitations elles-mêmes, qui continuent d'être délivrés selon leurs propres modalités.

Que faire si des formations SST obligatoires ne sont pas déclarées dans le passeport ?

Le CSE peut d'abord interpeller l'employeur lors d'une réunion ordinaire ou lors de la consultation sur le plan de formation, en lui demandant de procéder aux déclarations manquantes. En cas de manquement plus large à l'obligation de formation SST, le CSE peut saisir l'inspection du travail. Dans les situations où l'absence de formation expose les salariés à un risque grave, le CSE peut déclencher son droit d'alerte ou mandater un expert SSCT pour évaluer l'ampleur du manquement.