L'indifférence au travail, pire que le harcèlement ?

Posté le 11 juillet 2014 | Dernière mise à jour le 15 avril 2026

L'indifférence pire que le harcèlement au travail ?

 

L’indifférence au travail est souvent perçue comme une attitude neutre, voire acceptable. Pourtant, une étude de la School of Business de l’université de Colombie-Britannique au Canada vient bousculer cette idée reçue : être ignoré au travail serait parfois plus néfaste que le harcèlement moral.

« On nous apprend qu’il est socialement préférable d’ignorer quelqu’un : quand on n’a rien d’agréable à dire, mieux vaut se taire », explique Sandra Robinson. Mais cette posture, en apparence anodine, peut en réalité avoir des conséquences profondes sur les salariés.

Harcèlement au travail : un phénomène déjà bien identifié

Avant de comparer, il est important de rappeler ce qu’est le harcèlement au travail dans le contexte français. En France, le harcèlement moral est strictement encadré par le Code du travail et constitue un délit. Il se caractérise par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail.

Les effets sont aujourd’hui bien identifiés : anxiété, perte de confiance, isolement, dépression, voire dans les cas les plus graves un épuisement professionnel ou un stress post-traumatique. Le harcèlement est donc une violence directe, visible dans ses manifestations, et reconnue juridiquement.

Mais justement, c’est peut-être là que réside toute la différence.

 

L’indifférence au travail : une violence invisible

Être ignoré au travail, ne pas être salué, ne pas être inclus dans les échanges ou les décisions… ces situations relèvent de ce que l’on appelle l’ostracisme.

L’ostracisme se matérialise par la mise à l’écart d’un salarié : absence d’échanges, exclusion des conversations, ignorance dans les interactions quotidiennes. Cette forme de maltraitance est d’autant plus difficile à gérer qu’elle est souvent diffuse et peu identifiable.

Selon l’étude publiée dans la revue Organization Science, les conséquences sur le bien-être et le sentiment d’appartenance sont importantes dans les deux cas (harcèlement et ostracisme), mais le taux de démission serait encore plus élevé en cas d’indifférence.

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Pourquoi être ignoré est parfois plus destructeur

Le paradoxe est frappant : le harcèlement, bien que violent, implique encore une forme d’attention, même négative. L’indifférence, elle, renvoie à une absence totale de reconnaissance.

Benjamin Lubszynski, thérapeute et coach, nuance cependant cette idée. Selon lui, « une personne qui souffre aura forcément tendance à penser que la souffrance qu’elle vit est la pire ». Mais il reconnaît également un point essentiel : tout individu a besoin de reconnaissance dans son travail.

Même une personne confiante attend une validation de ses supérieurs ou de ses collègues. Lorsque cette reconnaissance disparaît, le salarié peut progressivement se sentir inutile, invisible, puis exclu.

Une souffrance difficile à identifier… et à traiter

Contrairement au harcèlement, l’ostracisme ne repose pas toujours sur une intention claire. Il peut résulter d’une surcharge de travail, d’un manque de communication, ou simplement de comportements individuels.

Cela le rend particulièrement difficile à combattre.

L’indifférence peut même être collective : elle peut provenir d’un groupe entier, et non uniquement de la hiérarchie. Dans ce cas, le salarié se retrouve isolé sans pouvoir identifier clairement un responsable.

À terme, cette situation peut entraîner un repli sur soi, une solitude importante, du stress, et dans les cas les plus graves, une dépression ou une dégradation de la santé physique.

Un enjeu majeur pour les entreprises et le CSE

L’indifférence au travail ne doit pas être sous-estimée. Elle s’inscrit pleinement dans les risques psychosociaux et peut avoir des conséquences importantes sur la santé des salariés et le climat social.

Le CSE a un rôle clé à jouer pour :

  • détecter ces situations d’isolement,
  • analyser le climat social,
  • alerter l’employeur,
  • proposer des actions de prévention.

Dans certains cas, ces situations peuvent justifier le recours à une expertise sur les conditions de travail ou un risque grave, afin d’identifier précisément les causes et mettre en place des solutions adaptées

Indifférence au travail : un phénomène multifactoriel

Faut-il y voir une conséquence directe de la concurrence entre salariés ? Un choc entre personnalités extraverties et introverties ? Ou simplement des situations propres à chaque entreprise ?

La réalité est souvent plus complexe.

L’ostracisme résulte généralement d’une combinaison de facteurs : organisation du travail, culture d’entreprise, management, pression sur la performance. Il ne peut donc pas être réduit à une seule cause.

Vers une meilleure prise en compte de l’indifférence au travail

Créer un environnement de travail sain ne repose pas uniquement sur l’absence de harcèlement. Il implique aussi de veiller à l’inclusion, à la reconnaissance et à la qualité des relations humaines.

Comme le souligne l’étude, ignorer un salarié n’est jamais neutre.

C’est pourquoi il est essentiel de sensibiliser les acteurs de l’entreprise à ces problématiques. La formation des élus CSE, notamment sur la prévention du harcèlement et des risques psychosociaux, constitue un levier concret pour agir en amont et éviter que ces situations ne s’installent durablement

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